Sur une carte du Pacifique, le trait de côte de 2023 ne suit pas toujours celui de 2010. Certains segments se déplacent vers l’intérieur des terres. D’autres avancent vers la mer. Pour comprendre ces mouvements, le lecteur doit connaître la période observée et les limites de la mesure.
Ces questions étaient au cœur du Pacific Dataviz Challenge 2026. Organisé par la Communauté du Pacifique (CPS) à travers le Pacific Data Hub, avec le soutien du ministère néo-zélandais des Affaires étrangères, ce concours international invite chaque année à visualiser des données ouvertes sur la région. Il est ouvert à tous, quels que soient l’âge, le parcours ou le niveau d’expertise. Sa cinquième édition, consacrée au changement climatique, s’est tenue du 1er juin au 31 août. Elle a réuni 463 participants et 303 projets venus de 50 pays. Chaque projet devait s’appuyer sur au moins un jeu de données de la liste officielle, dont les tracés du littoral issus des images Landsat.
Nous y avons participé avec notre partenaire ROI. Notre projet, « Quand la côte bouge, l’enjeu devient collectif », associe une carte interactive à plusieurs graphiques. Nous revenons ici sur ce qui rend ces données lisibles : les repères qui guident la lecture, l’accès aux valeurs précises et les limites de ce qu’elles permettent d’affirmer.

Page d’accueil du projet : le lecteur peut lancer une visite guidée ou explorer directement la carte.
Suivre une côte et garder les bons repères
La carte présente des observations du littoral issues des images satellites Landsat, entre 1999 et 2023. Une côte de référence permet de comparer les tracés au fil des années. Le lecteur peut choisir une année, zoomer et sélectionner des territoires. Ces commandes lui donnent accès à différentes échelles de lecture.

Vue d’ensemble du Pacifique en 2023 : côte active, reculs et avancées observés, avec l’année repère et la légende toujours visibles.
À l’échelle du Pacifique, nous cherchons d’abord à situer les territoires et les observations disponibles. En rapprochant la vue, le lecteur peut examiner les tracés et les points signalés. Le passage entre ces échelles doit conserver des repères stables. La légende explique les couleurs, tandis que l’année affichée précise la comparaison.

Sélection des Fidji : la carte se recentre, les indicateurs se mettent à jour et la légende reste identique.
Les séries ne couvrent cependant pas toutes les mêmes périodes. Une observation du littoral et une donnée démographique peuvent correspondre à des années différentes. Les dates doivent donc rester visibles au moment de la lecture. Un filtre commun facilite la navigation, mais les périodes de chaque série demandent aussi une explication.

Le filtre « 1 territoire · 2023 » suit le lecteur d’un module à l’autre. Chaque graphique indique sa propre période (1993–2023, 1979–2025).
L’interface propose également une visite guidée. Elle accompagne le lecteur qui découvre le sujet, avant une exploration plus libre. Ce choix répond à des attentes différentes. Certains souhaitent comprendre rapidement la démarche, tandis que d’autres préfèrent commencer par un territoire qui les intéresse.
Le travail graphique accompagne ces usages. La carte occupe une place centrale, les commandes restent regroupées et les textes expliquent les représentations. Les espacements permettent de distinguer les modules. Une couleur conserve son rôle dans la légende et dans le tracé auquel elle se rapporte.
Ces détails demandent autant d’attention que le choix du graphique. Une année difficile à retrouver ou une légende éloignée peut compliquer une comparaison pourtant simple. Nous devons donc concevoir ensemble le contenu, sa disposition et les interactions proposées.
Consulter les valeurs et comprendre leur portée
La carte et les courbes donnent une vue d’ensemble. Pour consulter une valeur précise, le lecteur peut ouvrir un tableau de données. Les graphiques disposent de cette alternative, tout comme les points signalés sur la carte. Les unités et les intitulés accompagnent les valeurs affichées.

La carte bascule en tableau : les 111 points à inspecter aux Fidji, avec tendance, incertitude et unités.
Cette possibilité fait partie du travail d’accessibilité. Elle permet aussi de vérifier une lecture ou de retrouver une observation après avoir repéré une tendance. Nous avons travaillé les libellés des commandes et la navigation des composants. Le site prend également en compte la préférence de réduction des animations.
L’accès aux chiffres soulève une autre question : que permettent-ils réellement d’affirmer ? Un déplacement du trait de côte indique une évolution observée. Sa cause dépend du lieu et peut faire intervenir plusieurs phénomènes. Les observations doivent donc être accompagnées des informations nécessaires à leur interprétation.
Le niveau de la mer et sa température apportent un contexte climatique. Leur évolution peut être examinée à côté de celle du littoral. Cette proximité dans l’interface ne suffit toutefois pas à expliquer chaque mouvement local. Nous avons rendu cette distinction explicite dans le parcours.

Avant la carte, quatre repères rappellent ce que les données montrent et ce qu’elles ne prouvent pas.
Les points signalés sur la carte invitent ainsi à examiner certaines situations. Ils ne constituent pas un diagnostic de risque pour les habitants. De même, vivre près du littoral ne permet pas, seul, de mesurer un danger. Une évaluation locale demanderait d’autres informations sur le terrain, les événements et les aménagements.
Le projet comprend aussi une illustration de la montée du niveau marin sur une île basse. Le curseur aide à comprendre les conséquences possibles d’un changement de niveau. L’interface précise qu’il s’agit d’une illustration, sans valeur de prévision locale. Cette précision accompagne la représentation au moment où le lecteur l’utilise.

L’île basse type à +0,8 m. Le texte sous le curseur rappelle le niveau réellement observé et le caractère illustratif des scénarios.
Enfin, nous avons regroupé les sources et les limites de couverture dans une page dédiée. Certaines séries sont longues et bien couvertes. D’autres restent partielles, notamment les données déclarées sur les impacts des catastrophes. Une absence de valeur peut refléter un manque de déclaration. Elle ne signifie pas nécessairement qu’aucun événement ne s’est produit.
Mieux accompagner les premières minutes de lecture
Notre projet n’a pas été retenu parmi les lauréats de cette édition. Nous les félicitons pour leurs réalisations. En parcourant leurs projets, nous avons observé plusieurs façons de guider la lecture. Le palmarès permet de consulter leurs projets.
Plusieurs parcours commencent par une question précise, puis organisent les représentations autour de cette question. Les graphiques arrivent dans un ordre qui fait progresser l’explication. Nous pouvons nous en inspirer pour organiser nos nombreux modules et possibilités de comparaison.
Nous souhaitons mieux guider les premières minutes de lecture. Un exemple territorial vérifié pourrait montrer comment passer d’une observation à son interprétation. Le lecteur découvrirait ensuite les autres territoires et les indicateurs disponibles. La progression aiderait à comprendre l’intérêt des fonctions avant de les utiliser librement.
Pour évaluer cette évolution, nous pourrions demander à des lecteurs de retrouver une observation, puis la valeur qui l’appuie. Nous leur demanderions aussi d’en expliquer une limite. Leurs hésitations permettraient d’ajuster un titre, un regroupement ou une commande. Ce travail donnerait des indications sur la compréhension du parcours.
Ces questions se retrouvent dans les projets de tableaux de bord. Le concepteur doit connaître les comparaisons utiles et les informations nécessaires pour les comprendre. La place donnée aux indicateurs, leurs libellés et les interactions découlent de ces besoins. Les choix graphiques se précisent à partir de cet usage.
Chez Seenovate, notre offre Information Design couvre cette démarche. Nous accompagnons la clarification des besoins, la structuration des indicateurs et la conception des interfaces. Notre intervention peut aller du diagnostic au prototype et à la mise en œuvre. Une formation peut aussi aider vos équipes à partager des repères de conception.
Vous souhaitez améliorer la lecture de vos tableaux de bord ou présenter des données à un nouveau public ? Contactez Seenovate pour votre projet d’information design. Nous vous aidons à définir les informations utiles et à concevoir des interfaces adaptées à leurs utilisateurs.

